Yakov Petrovich Polonsky
(18 December, 1819 - 30 October, 1898) was a leading Pushkinist poet who tried to uphold the waning traditions of Russian Romantic poetry during the heyday of realistic prose.
Of noble birth, Polonsky attended the Moscow University, where he befriended Apollon Grigoryev and Afanasy Fet. Three young and promising poets wrote pleasing and elegant poems, emulating Pushkin and Lermontov. He graduated from the university in 1844, publishing his first collection of poems the same year. Polonsky's early poetry is generally regarded as his finest; one of his first published poems was even copied by Gogol into his notebook. Unlike some other Russian poets, Polonsky did not belong to an affluent family. In order to provide for his relatives, he joined the office of Prince Vorontsov, first at Odessa and then (1846-51) at Tiflis. The spectacular nature of the Black Sea coast strengthened his predilection for Romanticism. Polonsky turned his attention to the Caucasian subjects and descriptions of lush nature, treated in the manner reminiscent of Lermontov (although he also wrote parodies of his poems). Nocturnal scenes especially appealed to him; in fact, one of his best known poems is called Georgian Night.
In 1849, Polonsky paid homage to the mountaineer folklore in his collection Sazandar. His verse epistle to Leo Pushkin (the poet's brother), known as A Stroll through Tiflis (1846), was written with more attention to realistic detail. In 1851, Polonsky moved to Saint Petersburg, where he was invited to edit the literary journal Russkoye Slovo. He soon gave up journalistic activities and continued his career at the censorship department. At that period, Polonsky would increasingly venture into social themes, without producing anything of lasting value. He was the last luminary of the 1840s still active in St. Petersburg of the 1890s, maintaining correspondence with such younger writers as Anton Chekhov. He died at the age of 78 and buried in his native Ryazan.
Although Polonsky was highly regarded in his own day, his reputation has been in decline during the last century. His most popular pieces are lyrical songs, notably Sleigh Bell (1854), "in which the sound of a sleigh bell evokes a dream state and images of lost love". Unsurprisingly, many of his poems were set to music by such composers as Alexander Dargomyzhsky, Peter Tchaikovsky, Serge Rachmaninoff, Sergei Taneyev, and Anton Rubinstein. He also provided librettos for Tchaikovsky's Cherevichki and Vakula the Smith.
1). SUR LA TOMBE
Cent annees passeront, et sur la tombe oubliee,
pourtant, le pre deja reverdit.
La charrue labourera cette tombe.
Les cendres froides depuis si longtemps,
Le chene puissant les embrassera de ses racines.
Sa frondaison frissonnera
au souffle du Zephyr,
Sous son ombre, les jeunes amants s’abriteront.
Ils s’assoient, au crepuscule, contemplant le lointain,
Pensifs, inclinent leur visage, et saisissent
Le fremissant propos du feuillage assombri
Cent annees passent, cent annees….
2). LE SOIR
La flamme mourante disperse au ciel
De menues etincelles
La mer etale lumineuse, et brillante
Au loin, le dialogue des grelots s’evanouit
Tintinnabulent, les grelots au loin s’evanouissent
Le chant des cochers se fond dans l’epaisse foret
La mouette joue a cache-cache
dans la brume qui monte
Tel l’enfant au berceau, l’ecume des vagues roule,
Caresse les galets.
Telles des perles, la rosee roule sur les feuilles du noisetier
Et dans chaque perle, fremissant encore,
l’etincelle du crepuscule
3). LES RUINES de LA TOUR
Au sommet de l’arrogante muraille,
se dressent encore
Les vestiges d’une tour antique.
Des ruines, ou l’aigle demeure
Pareille a un vieillard
ployant sous un precieux fardeau,
La muraille se penche au dessus du vide.
Et longtemps la Tour contemple
tristement ce gouffre
Ou le vent siffle, perfide,
Et la Tour l’ecoute et la tour l’entend
Comme les chevaux joyeux hennissent,
au grand galop de leurs sabots.
La muraille scrute la mer profonde,
ou le vent berce et lance ses vagues
Elle observe sous l’incertaine lueur de la lune
4). VOIS, QUELLES TENEBRES !
Au plus profond des vallees, s’enracine la nuit,
Sous la pelerine diaphane de la brume
dans le crepuscule ensommeille des saules,
miroite doucement un lac.
Alors, vois combien ces tenebres se blottissent dans
les vallees profondes
Le croissant pale, tel un spectre,
cerne de nuages bleuis
voyage dans le ciel, sans refuge.
Et encor brille d’un halo phosphorescent…
5). PROMETHEE
Je suis alle dans les montagnes, drapees
de nuits obscures
J’apportais aux ignorants la lumiere divine,
Et l’amour, et la liberation de la peur et des sortileges, et la soif du Savoir,
du talent createur
Les eclairs de Zeus frappent les cieux
dechirant soudain le rideau de tenebres.
Et les Dieux s’eveillerent
Et les Deesses brusquement se levent de leur couche
En troublant ce monde de leurs cris apeures ;
le corbeau noir, leur messager, cache par les fumerolles,
apparait et tournoie dans des vapeurs rougeoyantes,
Il s’approche, cherchant
parmi les rocs et les forets,
Celui qui derobat le feu des Dieux
Je viens et ma lumiere eclaire mon chemin.
Moi, j’ai decouvert le mystere :
Il est sur que les Dieux ne sont pas eternels
Le monde terrestre, je le connais,
Il est recree a nouveau,
Et cette parole de feu sort de ma bouche
Je ne parvins pas a cacher la flamme sacree !
Et le corbeau des tenebres m’a demasque
De ses griffes, de son bec arrache mon flanc
Et arrose mon chemin* de mon sang
Alors moi, je chois au combat !
Dans les chaines de la servitude,
Je saurai me demener et hurlerai de douleur
Mon ame attristee s’illuminera bien plus ensuite,
Le cri de ma pensee s’affirmera….
Et alors, que feront les Dieux !
Que pourra le tonnerre ?
Face a l’eternite de l’ame, le feu du ciel !
Ce que j’ai hurle par amour,
est bien plus fort
Que les griffes du corbeau, que les chaines !
6). LE ROC
A travers les nuages, le Roc s’apercoit
Que Vesna*, une fille du Soleil,
Est descendue du ciel dans la vallee :
Le printemps est la !
Et le Rocher, soupirant,
Se plonge dans un brouillard
De reves Delicieux
Pour le Roc,- son destin est d’etre aupres de Vesna
Entoure de cristaux brillants, il s’approche de l’autel
Et le Froid les fiance avec son diademe de glacons….
Mais Vesna a oublie ce Roc aussitot...
La-haut, par-dela les nuages,
Le roc glacial reste cache.
Dans la vallee, elle est descendue
Et s’epanouit dans le brouillard
De reves Delicieux…
Elle reve, elle reve :
a l’aube la-bas les collines,
dans le bois eclate le chant des rossignols,
et le chaud Mois de Mai
a la chevelure de boucles dorees lui offre
un diademe de roses...
7). LES ETOILES
Entre de petits points lumineux dans la nuit,
Scintillant parmi des lambeaux de brume,
traversant les cieux polaires,
Des etoiles nees alors,
se rejoignent.
Tout comme vous,
o pensees imprecises et brumeuses,
vous trainez autour de moi,
et frappez timidement pour entrer.
Vous alors, au-dessus
de nos tombes assombries,
Eclaterez en lumiere
tout comme d’eblouissantes meteores.
8). LES DEUX NUEES
Les deux nuees
Vers le soir etouffant,
descendaient des sommets,
de sombres trainees de brume
Et sur le sein tiede de la Roche,
la nuit venue, se glissent delicatement,
Les deux nuees, voisines du rocher
Elles ne cederent pas gracieusement l’une a l’autre
et le vide eclata en eclairs aveuglants.
Le Tonnerre grondait,
L’echo crepita brutalement de rire
Eploree, la Roche repondit en gemissant,
Si plaintive,
que les deux nuees n’oserent
renouveler leur secousse :
Etonnees, elles s’agenouillerent.
9). LES JOURS OU LA MER S’ENSOMMEILLE
Les jours ou la mer s’ensommeille
d’un silence suffocant,
dans la vaste lagune brumeuse,
a peine respirent les vagues
Et si jamais, au-dessus de cet infini,
soufflait un vent puissant et redoutable,
alors la vague s’eleve, et se creuse,
plus menacante que la tornade qui s ‘approche.
La vague bouillonne et s’epuise, et s’elance,
comme au c?ur d’une bataille,
on eperonne son cheval
En refletant dans l’ecume,
L’emissaire du soleil
Elle s’eparpille, se pulverise,
Et pres de la cote, fait ployer
la hampe ondoyante du roseau.
Traduction de Corinne Stradella-Gaiss.